La Ticos Académie vous présente le Costa Rica

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Costa Rica, terre de boules.

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Bonjour à tous,

 

Mon nom est Kimberly Gutiérrez Yigüirro, boulologue à l’université de San José. Boulologue, qu’est-ce donc, me direz-vous ? Eh bien c’est archéologue, mais spécialisée en boules. Il faut dire qu’au Costa Rica on n’a que ça des boules, on passe son temps à en déterrer.

 

Là, par exemple.

 

Là, des boules à la plage.

 

Ou là, une boule en forêt.

 

Une boule sur support.

 

On a aussi des boules d’intérieur.

 

Ou des boules urbaines.

 

Et là, enfin, moi avec une boule.

 

Bref, mes camarades du département d’archéologie m’ont invitée à prendre congé de l’université pour suivre les matches de la sélection nationale. « On t’a trouvé un site, horsjeu.net. Va écrire chez eux, ce sont des passionnés de la balle ronde, ils seront forcément intéressés. Et nous, ça nous fera des vacances. »

Ah ils sont taquins, ces garnements. Bref, ça me peine un peu de les abandonner alors qu’approchent leurs examens de boulologie, mais j’ai eu envie de me prendre au jeu, et ce pour une grande raison, une Mission, même, devrais-je dire.

Cette raison, c’est de ne pas laisser l’Amérique centrale représentée uniquement par le Honduras et le Mexique, ces brutes épaisses nourries à la sorcellerie, au trafic de drogue et au meurtre avec sévices. Pardonnez ma grossièreté mais merde, quoi. C’était bien la peine d’épurer de civiliser le continent pour en arriver là. Le pire, c’est d’être comparés à ces amalgames de semences d’origines mal définies, nous, le Costa Rica, la Suisse de l’Amérique centrale, l’élégance incarnée en un pays. Jugez donc :

– Une biodiversité préservée et inégalée (à ce sujet, Messieurs Blaah et Nandrolonas, j’ai l’honneur de vous faire part de votre interdiction de séjour dans notre pays, suite à une plainte du WWF. Nous tenons à ce que notre faune unique soit préservée, voyez-vous).

Ceci est une espèce endémique du Costa Rica.

 

OeilTamanoir

Autre curiosité : l’œil du tamanoir ressemble à un anus. Au départ je ne voyais pas l’intérêt de cette découverte mais c’est Eduardo, mon assistant salvadorien, qui m’a dit que la chose pourrait vous intéresser. Il faudra que je vous parle d’Eduardo, si j’ai le temps.

– Une démocratie stable, qui pousse l’incongruité jusqu’à élire une femme à la tête de l’État. Laura Chinchilla, s’appelle notre présidente. Au départ j’étais contre, surtout qu’elle est sociale-démocrate et qu’elle a un nom ridicule (mais toujours moins que son fils : José Maria Rico Chinchilla). Mais elle a déclaré son attachement à la Sainte Église Catholique et abhorre les invertis, donc ça va. La Civilisation, toujours.

– Un analphabétisme limité à 4%, soit six fois moindre que chez les auditeurs de RMC.

– Une absence d’armée, supprimée le jour où nous nous sommes rendu compte que nos voisins nous trouvaient si insignifiants qu’ils préféraient encore se battre entre eux.

– Notre monnaie nationale est le Colon, et pourtant nos pièces ne sont pas en bronze.

 

Et le football, dans tout ça ? J’y viens, rassurez-vous. Vous n’êtes pas très civils de vous montrer si impatients, a priori nous ne sommes pas au Brésil pour très longtemps, donc vous me permettrez de digresser.

 

A ce sujet, voici une boule avec un barbu.

Bien que d’un raffinement sans égal, surtout comparé à ces Aztèques mal évangélisés du Honduras et du Mexique – vous ai-je parlé du Honduras et du Mexique ? – notre pays de 4,3 millions d’habitants partage avec ses voisins la passion de la balle au pied.

Bien que très suivi, le championnat ne suscite certes qu’un suspense très relatif, puisqu’il se limite à trois clubs principaux compétitifs pour le titre. Ce qui fait toujours deux de plus que chez vous les Français, notez : les rivaux Deportivo Saprissa et Liga Deportiva Alajuelense, et l’historique Club Sport Herediano.

La dernière édition du championnat a vu le premier cité s’imposer en finale contre le second et devenir ainsi le premier club du pays à compter 30 titres. Chez vous, le site Lucarne Opposée vous a très bien raconté ce grand moment.

Pour l’anecdote, on retiendra que le club d’AD Liberia a remporté le championnat de clôture 2009 en comptant dans ses rangs une colonie française significative : outre le coach Alain Gay-Hardy (ancien entraîneur d’Avignon et Carpentras), l’effectif comptait notamment Jacques Rémy (vainqueur de la coupe de France avec Strasbourg), Michel Gafour (de passage à l’OM vers 2002-2003) et Bruno Savry (ancien d’Istres). Pas de quoi marquer l’histoire costaricienne cependant, puisque le club a brutalement disparu en raison de problèmes économiques, obligeant les joueurs à s’engager à Toulon, Cassis-Carnoux ou autres clubs de truands, mais sans moustaches.

Une boule fleurie, pour marquer la fin de l’anecdote francophile.

 

Tout naturellement, Saprissa, la LDA et le CS Herediano constituent les principaux fournisseurs de la sélection nationale, soit directement soit – et c’est une nouveauté récente – en formant des joueurs rejoignant ensuite les championnats européens. Par exemple, le gardien de Levante Keylor Navas ainsi que Joel Campbell (milieu offensif prêté à l’Olympiakos par Arsenal) ont été formés à Saprissa. De même, Bryan Ruiz (Attaquant du PSV Eindhoven prêté par Fulham) et Marco Ureña (attaquant du Kuban Krasnodar) ont fait leurs premières armes à la LDA.

Le football costaricien (à ne pas confondre avec le folklore costarmoricain) est aussi influencé par le développement du football chez les protestants militaristes obèses aux États-Unis. Les clubs tirent ainsi des revenus croissants des transferts de leurs joueurs vers la MLS, où ceux-ci peuvent s’aguerrir. Trois sélectionnés jouent ainsi en Major League Soccer : Giancarlo González, Waylon Francis et Jairo Arrieta (défenseurs central, latéral, attaquant, Colombus Crew) ainsi que Roy Miller (défenseur, Red Bull New York) et Rodney Wallace (milieu, Portland Timbers).

On notera aussi le contingent de joueurs d’Europe du Nord (deux en Norvège et deux en Suède). J’offre une boule à celui qui tirera une analyse pertinente de cette information.

Le reste de la sélection se compose de joueurs du pays et donc, si vous avez bien suivi comme j’ose l’espérer, issus principalement de Saprissa, de la LDA et du CS Herediano.

Vous pourrez trouver l’effectif en intégralité ici. Hélas ! hélas ! hélas, depuis la parution de cette liste, une mauvaise nouvelle nous est parvenue : notre attaquant Álvaro Saborío (Real Salt Lake) s’est blessé pendant la préparation et manquera le tournoi. Ce forfait s’ajoute à celui, connu de plus longue date mais non moins gênant, de Bryan Oviedo, latéral gauche d’Everton. Nous avions longtemps espéré que Bryan se remette d’une double fracture du tibia-péroné contractée en janvier, mais finalement non.

« Bah oui, il a le pied tordu, et alors ? Depuis quand ça gêne, pour jouer latéral gauche ? » nous écrit un lecteur de Marseille.

 

L’effectif est conduit par le Colombien Jorge Luis Pinto depuis 2011, après un premier passage à la tête des Ticos en 2004-2005. Le technicien, réputé rigoureux, attache une part prépondérante au secteur défensif et prépare un 5-4-1 dans lequel l’animation devrait passer principalement par les ailes. Sage précaution puisque, une nouvelle fois, le tirage au sort nous place dans le pire groupe qui soit, en compagnie de l’Italie, de l’Angleterre et de l’Uruguay. J’ai presque envie de proposer mes conseils à Monsieur Blatter, qui visiblement a des progrès à faire en matière de maniement de boules.

Un champ de boules.

 

Déjà en 2002, lors de notre dernière présence en Coupe du Monde, le sort n’avait pas été clément puisqu’il nous avait placés en compagnie du Brésil (champion), de la Turquie (troisième) et de la Chine (tombeurs des champions du monde en titre en match de préparation). Pourtant, notre prestation fut mieux qu’honorable, puisque nous ne fûmes éliminés qu’à la différence de buts, favorable de peu aux moustachus non-mexicains. À ce propos, Turquie ou Mexique, il faudra que l’on m’explique pourquoi c’est dans ces pays où l’on mange le plus gras que la moustache est le plus à la mode. Pour le cunnilingus en tout cas c’est très désagréable, je me souviens d’un stagiaire à la moustache si grasse que j’eus l’impression d’avoir passé la soirée assise sur les toilettes d’un bouge tegucigalpèque. Mais passons, le temps s’écoule et de nos amours ne reste plus qu’un soupir sur nos lèvres closes.

Depuis, je ne sais pas si je vous l’ai dit, mais je me consacre à la boulologie. Ici, une allée de boules.

 

Huit ans sans Coupe du Monde, donc, et nous revoici prêts à revivre nos plus grandes épopées. Celle de 1990 en Italie, moment fondateur pour notre football s’il en est lorsque les Ticos de Bora Milutinovic se hissèrent en huitièmes de finale, défaits 4-1 par la Tchécoslovaquie au stade San Nicola de Bari (un endroit hostile aux hispaniques, et ce n’est pas Manuel Amoros qui me contredira).

Grand moment également, « l’Aztecazo », ou la victoire historique de nos hommes à Mexico pendant les qualifications pour la coupe du Monde 2002. Pour la première fois, notre petit pays pouvait enfin montrait QUI portait réellement las bolas grandes sur le continent en faisant fermer leur grande bouche moustachue – ça ne vous étonne pas que les Mexicains soient si moustachus – aux Nacos du stade Azteca (1-2 au final, ce qui vous est narré ici).

Une boule à côté d’une moto.

 

Huit ans plus tard, on ne peut pas dire que ces Mexicains aient perturbé une campagne de qualification conclue en nous touchant les boules. Omettons la première phase, dont le seul intérêt est de donner à des pays improbables l’illusion de participer à l’histoire du football – donc à l’histoire de la Civilisation, pour nous intéresser au groupe de qualification final. Après un démarrage laborieux (nul au Panama, courte défaite aux États-Unis), les matches suivants ont relevé de la promenade : victoire contre les pitres de la Jamaïque puis contre les truands honduriens, nul chez les moustachus, victoire contre les producteurs de drogue panaméens puis contre leurs clients étatsuniens. Un nul en Jamaïque et voilà le ticket pour le Brésil assuré à trois journées de la fin des éliminatoires. De quoi se détendre pour les deux derniers matches, avec une victoire contre le Honduras et son drapeau à cinq étoiles. Drapeau au demeurant choisi pour rehausser l’image de l’industrie hôtelière locale, jusqu’ici reconnue pour être la première productrice mondiale de punaises de lits. De même, nous avons eu le plaisir d’offrir aux Mexicains un billet pour la Nouvelle-Zélande, un adversaire de barrages dont le niveau footballistique leur était manifestement plus adapté.

 

De quoi aborder la compétition en pleine confiance ? Notre optimisme doit cependant être nuancé, si ce n’est soutenu à grands renforts d’acide lysergique. La série de matches de préparation nous a en effet ramenés à nos limites : 0-4 contre le Chili, 1-2 contre le Japon, et un pauvre 1-1 contre l’Irlande pour sauver l’honneur. Autant vous dire que la série qui s’annonce contre l’Uruguay dimanche, l’Italie vendredi prochain et l’Angleterre le mardi suivant risque de malmener notre orgueil national.

Au pire, la compétition me rappellera cette sensation vécue il y a fort longtemps lors de cette soirée d’intégration des étudiants étrangers à l’université. J’en étais sortie avec un peu de mal à marcher, mais heureuse d’avoir montré au monde ce que notre pays pouvait apporter à la Civilisation.

 

À très vite, les coquins,

PS : Un petit film de boules, pour la route ?

PPS : un spécial merci au site www.lasele.com

 

Crédits photos : couverture – autres images : cliquer vous renvoie au site d’origine.

6 réflexions sur “La Ticos Académie vous présente le Costa Rica

  1. Bonjour Kimberly,

    Je souhaite bonne chance au Costa Rica, je suis sûr que nous aurons le plaisir de nous affronter en 8e de finale !

    =D

  2. Bonjour, juste merci pour votre « topo » sur las Bolas et surtout pour l’humour dont le texte est raffinement parsemé. vous jouez subtilement avec notre langue ce qui dénote également la connaissance que vous en avez.
    Fraternellement, Eric.

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