Lille-OM (1-2) : La Canebière Académie empoche le jackpot

Aïoli les sapiens,

Ce Lille-OM arrivait à point nommé pour fournir à l’OM ce moment de vérité que nous attendions tous depuis les mornes rencontres précédentes. La vérité, elle se présente à nous débarrassée de tout cet attirail de doutes et d’hésitations qui nous empêchaient de la voir nue. Vaut-il mieux jouer le titre en coupe de France ou nous consacrer tout entiers au championnat ? Depuis notre élimination sans réellement jouer à Lyon, l’objectif se clarifie de lui-même. Peut-on et doit-on proposer un jeu plus agréable ? La question passe au second plan dès lors qu’il s’agit ce soir de maintenir à distance un concurrent direct : peu importe de nous montrer aussi sexy qu’une bétonneuse soviétique pourvu que l’on prive ceux d’en face des trois points.

Et la vérité, elle nous a aveuglés au moment où l’on s’y attendait le moins. A l’image de Dieu visitant Paul Claudel alors qu’il était entré dans Notre-Dame pour y pisser dans les bénitiers, la princesse Europe s’est donnée à nous alors que nous barbotions dans la fange jusqu’aux narines. Nous étions alors faibles, nous étions alors laids, nous étions alors veules, et c’est pourtant le moment qu’elle a choisi pour délaisser son taureau. Au cœur de nos immondices, Europe a su déceler ce trésor qui n’avait de cesse de la mettre en émoi et dont l’éclat allait soudain se révéler à la vue de tous : notre énorme paire de couilles.


L’équipe

Mandanda
Sakai (Aké, 64e) – Alvaro – Caleta-Car – Amavi
Sanson– Kamara – Rongier (Strootman, 89e)
Sarr– Benedetto (Radonjic, 83e) – Germain

Sorti au match précédent pour cause de blessure à la cuisse, Payet est forfait pour cette rencontre. Sans forcément présumer de la qualité footballistique de la rencontre, tout au moins peut-on craindre que le spectacle s’en trouve légèrement pénalisé : c’est un peu comme si l’Opéra de Paris palliait l’absence d’une danseuse-étoile en envoyant Nadine Morano interpréter la Sylphide.

Radonjic, lui, est ménagé dans l’attente d’une opération de sa pubalgie, tandis que Florian Thauvin est pour l’instant tout à sa joie d’être père (ou grand-père, si l’on se réfère à l’âge de son cartilage).


Le match

Etant en société ce dimanche, j’ai jugé de mon devoir de prévenir l’ensemble des membres de mon entourage qui m’ont fort obligeamment mis dans les meilleures dispositions matérielles pour regarder ce match : « Mon amour, mes enfants, Maman, chers toutes et chers tous, je vous demande de prendre garde : ce soir, nous allons chier sur le football. »

Comme prévu, c’est dans un blocquéquipe à procurer des érections éléphantesques à Stéphane Moulin que nous abordons la rencontre, dans l’objectif avoué de sécuriser un odieux mais très bénéfique 0-0. Nous n’oublions cependant pas de vérifier s’il n’existerait pas un moyen d’emmancher un tout petit peu ces Lillois, par exemple ce gros pressing d’entrée de jeu aboutissant à un corner que Caleta-Car, seul aux six-mètres, ne parvient pas à reprendre.

Une minute plus tard, une combinaison nordiste pousse Mandanda à déjà commettre sa première RAIE de la soirée sur un tir des 20 mètres. Notre premier carton jaune tombe à la 9e minute, à la 15e Steve s’emploie sur une seconde RAIE devant Rémy à bout portant, si bien que ce match confirme vite sa promesse de n’être qu’une longue souffrance. Une percée soudaine d’Amavi aboutit bien à un tir de Sanson en position idéale, mais Morgan gaspille cette occasion rare.

Lille affole le slipomètre une dernière fois avant de s’embourber, seuls deux nouveaux cartons infligés à nos joueurs venant animer cette fin de première période désespérante.


Notre prudence vire à la caricature quand l’arbitre adresse ses remontrances à Mandanda pour gagner du temps sur un dégagement : on ne dispute alors que la 47e minute. Les Lillois se chargent d’infliger à nos joueurs la claque que l’on rêvait tous de leur coller : pour une fois, Sanson et Kamara sont un peu en retard au moment d’aller désosser Bamba trouvé entre nos lignes. Celui-ci lance Osimhen, qui part battre Steve d’un petit piqué une main dans le slip (1-0, 51e).

Le Nigérian repart dans le dos de la défense 5 minutes plus tard, en étant heureusement hors-jeu d’un demi-poil : l’action conclue par Rémy n’est donc pas validée par l’arbitre.  Un demi-poil, c’est également l’écart entre les neurones de Djalo, qui entrave la bonne conduction de son influx nerveux. C’est donc avec l’à-propos d’un trépané que le défenseur Lillois balance Sarr en pleine surface, à la suite d’une bonne action de Bouna initiée par Sanson. Ce pénalty, c’est le Deus ex machina, c’est la liane salvatrice au-dessus des sables mouvants, c’est Dupont-Moretti devant les juges de Patrick Balkany, c’est une occasion inespérée, miraculeuse, de sauver une affaire excessivement mal embarquée. Problème : le tireur attitré, Payet, n’est pas là. Nos buteurs supposés, Germain et Benedetto, ne butent que dalle sinon notre patience et ne disposent pas des gonades nécessaires (du moins le croyions-nous sur le moment, pauvres naïfs que nous sommes). C’est donc Valentin Rongier qui se charge d’exécuter la sentence. A l’image des minots du challenge Wanadoo encouragés aux cris de « vas-y, ya que 45 000 personnes qui te regardent », Valentin entend la voix de Jacques-Henri Eyraud lui chuchoter : « tranquille, Valentin, il ne vaut que 40 millions d’euros, ton pénalty ».

Tout dans le plat du pied de Rongier adresse alors au gardien ce message : « je vais placer un tir tout mou à ta gauche ». Maignan ne se fait pas prier et écarte le tir, nos espoirs de retour au score, nos illusions sur notre maintien à la seconde place,  la perspective de ne pas voir notre club surendetté saigné comme un goret au prochain mercato, la possibilité de jouer autre chose que le maintien l’an prochain, la survie du club, notre amour pour la vie en général et le football en particulier. Bref, en cette 60e minute, le spectre de la catastrophe pointe son sinistre visage.

Spectre de la catastrophe pointant son sinistre visage.


Le seul à ne pas s’émouvoir, c’est Villas-Boas, qui prend acte de l’échec de son plan de jeu initial et change de méthode sans état d’âme. On imagine assez aisément la Saint-Valentin de cet homme : « Chérie, si ce soir je te prépare ce gratin dauphinois que je maîtrise à la perfection, on aura une chance d’avoir un rapport sexuel ? Non ? Ah, bon, eh bien dans ce cas je vais te cuisiner une petite poêlée de Saint-Jacques aux airelles en gelée, alors. Ne bouge pas, le temps d’aller chercher des bougies et une bouteille de champagne et je reviens. »


Aké remplace Sakai, Sarr redescend au poste de latéral, Sanson joue un cran plus haut, et l’entraîneur dispense ses consignes à l’effectif : « couilles ». Aussitôt, Amavi lance Aké sur le côté gauche, dont le centre est dégagé en catastrophe. S’ensuit un corner de Sanson, que Germain reprend comme à son habitude au premier poteau. Non cadrée, la tête est déviée dans sa cage par Reinildo (1-1, 66e). Pour faire bonne mesure, pour apprendre à ces contrariants Lillois à ne pas vouloir ce contenter du 0-0 moche qu’on leur proposait, on va leur montrer un peu ce qui se passe quand on décide enfin de jouer au football. Sarr, Kamara, Germain et Sanson nous tricotent un amour de sortie de balle sous le pressing lillois, ce qui aboutit à un renversement de jeu de Morgan côté gauche.  Trouvé sur l’aile, Aké repique au centre, résiste au duel et renverse une nouvelle fois pour Germain à l’entrée de la surface. Valère adresse un centre parfait à ras-de-terre, pour une conclusion non moins parfaite de Benedetto (1-2, 69e).

Après ce renversement de situation au-delà du cataclysmique, l’OM repasse en mode gestion, se contentant de repousser sans grande difficulté des Lillois assommés par la métamorphose soudaine de nos deux brêles offensives en tueurs des surfaces.

Nous nous étions donc trompés cette semaine en considérant que le Beau ne nous était pas possible. C’est juste que pour nous, le Beau n’est qu’une option. Ce n’est guère plus romantique mais c’est au moins plus rassurant.


Les notes

Mandanda (4/5) : Encore des arrêts fantastiques mais de toute façon, même quand il prend un but, cela n’a plus d’impact sur la victoire finale. Quel contraste avec la saison dernière où la seule chose chez lui qui se sentait invincible, c’était son bourrelet ventral.

Sakai (3-/5) : Alors que de plus en plus d’Asiatiques se voient imposer des mesures drastiques, le cas d’Hiroki Sakai n’a rien à voir avec le coronavirus : si André Villas-Boas l’a confiné dans son camp avec interdiction d’en sortir, c’est moins par crainte pour ses poumons que pour son slip.

Aké (64e, 4/5) : L’entrée la plus aboutie du minot, qui provoque le corner de l’égalisation, participe à l’action du second but, et envoie par quelques gestes défensifs bien sentis les derniers dogues récalcitrants faire coucouche panier.

Alvaro (3/5) : Surpris par l’excellent appel d’Osimhen, ce qui permettra à la confrérie des attaquants de Ligue 1 de ne pas sombrer dans la dépression après le nouveau match de patron de l’Espagnol.

Caleta-Car (3/5) : L’avantage de voir notre équipe passer son temps à recevoir des cartons jaunes, c’est que Duje ne s’est pas montré plus ému que cela en voyant l’arbitre l’avertir sévèrement dès la 9e minute. Duje s’est juste contenté de biffer l’option « hippopotacle » de son registre et a continué à maîtriser les Lillois sans affolement.

Amavi (4/5) : Avec la sérénité de ceux qui ont déjà trompé la mort, il a échappé à l’ambiance de trouille qui suintait par tous les pores de l’équipe au cours de la première heure. Survivant de Rudi Garcia, il a chargé en toute confiance au cœur des lignes ennemies, comme un rescapé de Verdun sortant faire des doigts aux Allemands pendant le Chemin des Dames.

Kamara (4+/5) : Le terme de sentinelle n’est pas adéquat pour Boubacar : une sentinelle, ça scrute, ça examine le danger, ça avertit. Non, Bouba c’est plutôt un vigilante texan au bord du Rio Grande : dès qu’il voit bouger quelqu’un qui ne porte pas ses couleurs, il le raccompagne à la frontière ou bien il l’abat, ça évite de perdre son temps en palabres inutiles.

Rongier (2/5) : Pas le dernier pour sortir élégamment le ballon de la défense, Valentin a cependant peiné à amener le jeu vers l’avant.  Tétanisé comme à son habitude au moment de tirer au but, peut-être a-t-il pensé à sa mère en exécutant son pénalty. En tout cas, nous on a beaucoup pensé à elle, sur le coup.

Strootman (89e) : Un carton et un coup-franc dangereux concédé dès son entrée, on a vu des manières plus efficaces de sécuriser son équipe.

Sanson (3+/5) : Débute selon ses standards du moment, consistant essentiellement à courir partout et donner des coups d’épaule pour conquérir le ballon, puis à expédier icelui là où il ne faut pas. Finalement, c’est quand l’équipe s’est vu pousser des testicules que Morgan s’est comporté plus intelligemment, une corrélation assez inhabituelle en biologie.

Sarr (3+/5) : Trop souvent décrié pour ses centres au troisième poteau, Bouna a montré ce soir qu’il savait aussi faire autre chose, à savoir des centres ne dépassant pas les 10 cm de hauteur. C’est encore dans sa version Sarradona qu’il a été le plus efficace, avec ce slalom provoquant le pénalty.

Germain (4+/5) : Un dépassement de fonction monumental de la part de notre false-nine-advanced libero : le score demandant pour une fois plus que son abattage défensif habituel, le voici qui provoque l’égalisation, lui qui n’avait pas cadré un tir depuis septembre (d’ailleurs il n’a pas davantage cadré sa tête, sur cette action préciseront les grincheux). Le voir de surcroît délivrer une passe décisive pour Benedetto dans les deux minutes qui suivent, c’est du surnaturel de niveau Thuram 1998.

Benedetto (4/5) : On dit qu’un bon avant-centre est celui qui sait se rendre invisible pour surgir au moment crucial. Or Dario a marqué un but très, très crucial après s’être avéré longtemps, longtemps invisible. On peut donc supposer qu’il s’agit d’un excellent avant-centre.

Radonjic (83e) : Un dernier au-revoir avant 3 à 4 semaines d’absence.


L’invité zoologique : Jonathan Bambabouin

Loubards de la savane, les babouins font régner leur loi en groupe, écartant ceux qui leur disputent la suprématie d’une baffe ou d’un coup de canine bien placé. On n’aborde donc ces sauvages qu’avec la plus extrême méfiance. Toujours est-il qu’à intervalles réguliers, le babouin finit avec le cul écarlate, ce qui en fait bien l’invité approprié pour évoquer le match de ce soir.

– Les autres : Dominateurs jusqu’à l’heure de jeu, puis totalement liquéfiés. Je comprends qu’après avoir pris deux buts d’attaquants qui n’avaient pas marqué depuis 3 et 6 mois, on n’ait plus qu’une seule envie, celle de pleurer sa mère.
– Le classement : Jackpot pour l’OM, qui prend 11 points d’avance sur le 2e et 12 points sur le 3e. La seule incertitude sur le titre de champion, c’est désormais la date où il nous sera décerné une fois que le PSG aura été déchu pour ses multiples entorses à la déontologie et aux règlements.

– La pub copinage : Doit-on vous rappeler de foncer chez votre libraire pour acquérir ce remarquable ouvrage du camarade Mourad Aerts, qui revient sur la saison olympienne de Marcelo Bielsa ?

– Les boutons : Les boutons qui figurent sous cette académie t’invitent à nous donner respectivement de tes mots et de tes sous. Vois comme ils sont beaux, attrayants et doux au cliquer.

– Les réseaux : Ton dromadaire blatère également sur Facebook, Twitter et Instagram. Homerc remporte le concours zoologique).

Bises massilianales,

Blaah.

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

3 commentaires

  1. Que c’est beau tout ça. Sauf le concours zoologique qui est décidément réservé aux centristes de gauche mais sinon on vit une bien belle période.

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