Aïoli les sapiens,

Après des années d’expertise aussi bien en défaites de l’OM qu’en raclées à la console de jeu, je puis affirmer que l’OM est depuis un certain temps victime de ce que l’on appelle le paradoxe de Mario Kart. Prenons l’exemple d’une partie standard contre Dromadette. Supposons que ma fille tombe dans le ravin au deuxième tour : elle revient en piste en huitième position, chope un éclair puis une étoile à l’attaque du dernier tour, grille tout le monde et, sans commettre davantage d’erreur, gagne la course une main dans le slip. Supposons qu’au grand prix suivant il m’arrive de tomber dans le ravin : la coutume veut que, sitôt repêché en huitième position, je me prenne aussitôt une carapace rouge dans le cul, une verte baladeuse aux rebonds aléatoires, suivies de Bowser qui me refout dans le trou à grand coups d’épaule avant que Toad ne vienne me pisser dessus pour l’avant-dernière place. C’est ici que le paradoxe de Mario Kart intervient : une analyse rationnelle de la situation appelle le commentaire suivant : « t’avais qu’à mieux conduire ducon, tu serais pas tombé et t’aurais gagné » ; certes. Mais dans le même temps, comment ne pas enrager quand son adversaire, aussi talentueuse soit-elle, se voit pardonner par l’ordinateur ses erreurs de conduite avec une régularité que l’on ne rencontre guère que chez l’IGPN quand elle s’occupe de bavures policières ? Il y a ici un aspect de loterie indéniable et assez décourageant, a fortiori quand on en est victime. Mais, dans le même temps, on ne peut pas non plus se lamenter sur la mauvaise fortune, puisqu’en jouant encore mieux, on serait d’autant moins exposés aux aléas du destin.

« Fais de ton mieux, mais ça ne te protègera pas contre les coups de pute ; mais si tu perds à cause d’un coup de pute, c’est que tu aurais pu jouer encore mieux, donc ne viens pas chialer ». C’est ce genre de devise qui caractérise ce jeu de pervers dont la meilleure incarnation est donc Mario Kart. A égalité avec le football, quand l’OM dispute un match au sommet.


Les Longorious Basterds 

Lopez
Mbemba (Guendouzi, 75e) – Gigot (Balerdi, 29e) – Kolasinac
Clauss (Kaboré, 75e) – Rongier – VeretoutNuno Tavares
Ünder– Sanchez (Vitinha, 46e) – Malinovskyi (Payet, 75e)

Changement notable par rapport à la réception d’Auxerre, Nuno Tavares et Maliniovskyi font leur retour comme titulaires, tandis que Sanchez repasse en pointe.


Le match

Le respect historique entre nos deux clubs impose le protocole de début de match, consistant en de grands coups d’épaule dans les gencives destinés à marquer son territoire, le tout dans la bienveillance et le consentement mutuels. A ce jeu, on sent que Lens n’est guère habitué à trouver autant de répondant, si bien que leur défenseur Danso vacille un tantinet au moment de négocier une passe en retrait. Ce filou d’Alexis Sanchez anticipe parfaitement l’hésitation, lui chipe la balle et va dribbler Samba. Les regards se tournent immédiatement vers Clément Turpin qui, à la surprise générale, oublie de nous emmancher au prétexte du micro-contact entre les deux jours et valide le but. C’était cependant oublier que grâce à la technologie, nous n’avons plus affaire à Clément Turpin, mais bien à Clément Turpin & Friends, un grand orchestre désormais en formation symphonique. C’est ainsi que les assistants vidéo hèlent l’arbitre central :

Tout va bien Clément ? Tu viens d’accorder un but à l’OM, tu es sûr que tu ne fais pas un malaise ?
Je… je sais pas ce qui m’a pris… vous auriez un truc pour nous sortir de là ?
Bof, le défenseur se fait pourrir et tombe avant que Sanchez ne l’effleure, mais si on cale bien la vidéo on peut voir le bras de l’attaquant sur son dos, ça fera l’affaire.
Ouf, merci les gars… je refuse le but ?
Ouais, mais viens au moins regarder l’écran deux secondes, faut agir dans les formes hein.µ
Lol.

L’analité du défenseur lensois est ainsi rayée de l’histoire grâce à une assistance vidéo une nouvelle fois dévoyée (en se permettant de revenir sur une interprétation et non une erreur manifeste) : s’il est trop tôt pour que ce fait de jeu décide à lui seul du match, la douleur anale due à cette nouvelle turpinade n’en est pas moins vive.

L’OM domine légèrement le match, mais manque de se faire donner une leçon d’efficacité offensive quand une lourde de Fofana part fracasser le poteau. S’ensuit une altercation entre les bancs de touche sans autre intérêt que de montrer que Yannick Cahuzac n’a pas besoin d’être sur le terrain pour continuer à recevoir des cartons rouges.


Ce match est assurément un grand match, et j’en veux pour preuve le fait que l’OM y accumule une succession de tuiles improbable (sauf pour nous). Alors qu’il était parti pour prendre un par un les attaquants lensois dans un gala de MMA tchétchène, Samuel Gigot est contraint à la sortie dès la demi-heure de jeu. De même, que croyez vous qu’il puisse arriver à Sanchez, dont tout le début de match témoigne du serment de harceler les Lensois jusqu’à ce qu’il ne puisse plus marcher que sur une jambe ? Bah il se blesse et il ne peut plus marcher sue sur une jambe.

Le pressing olympien s’en ressent et les Lensois rééquilibrent la rencontre, même si une contre-attaque donne l’occasion à Ünder de lancer Clauss, pour une frappe en angle fermé malheureusement finie à la pisse.

Vient cette 42e minute et ce paradoxe de Mario Kart présenté plus haut : notre manque de chance est avéré, mais il faut bien avouer que par moments on cherche un peu les emmerdes aussi. Par exemple, prendre au match aller un but sur une frappe de 30 mètres déviée par Balerdi, c’est assurément pas de bol. Lorsqu’on encaisse la même de Gameiro dans le temps additionnel contre Strasbourg, on peut aller jusqu’à évoquer un monumental coup de sfigue (cherchez pas ce terme, c’est de l’italien motchusé). Quand un type prénommé Jean-Eudes nous colle la lourde de sa vie, toujours pour Strasbourg, toujours dans le temps additionnel, suivi quelques semaines plus tard par l’Auxerrois Birama Touré, notre saison commence à ressembler au livre de Job(i).

En revanche, quand ce même Touré déclare la gueule enfarinée que tout le monde a bien remarqué qu’on laissait toujours des espaces pour tirer de l’entrée de notre surface et que se présente devant nous Seko Fofana, meilleur dynamiteur de la Ligue 1 et qui a déjà eu l’occasion de nous alerter d’un tir sur le poteau vingt minutes plus tôt, le jeu de hasard vire à la roulette russe à six balles. Sur un corner mal repoussé, l’entrée de la surface est gardée comme d’habitude par dégun. Déjà que cette stratégie nous a valu des tirs en lucarne par des pieds-bots, le milieu Lensois ne se fait pas prier pour déclencher une lourde qui, cette fois-ci, fait mouche (1-0, 42e).

Une action jumelle montre toutes les différences entre nos deux formations : sur un ballon mal renvoyé par la défense lensoise, Veretout doit se défaire de défenseurs avant de tirer, et se voit mis en échec par une RAIE de Brice Samba.


Ce match peut-il partir davantage en couille ? Bien sûr que oui, puisque Sanchez doit céder sa place au retour des vestiaires. Autant Balerdi parvenait à pallier très honorablement la sortie de Gigot, autant le départ de notre leader technique et mental s’annonce délicat à encaisser. L’OM fait illusion quelques minutes, avant de se faire surprendre sur une bête touche. Combinant au milieu de Kolasinac et Nuno Tavares plantés comme des stassis, les Lensois envoient Frankowski au centre. La trajectoire lobée dépasse à la fois Lopez et Mbemba, pour atterrir finalement sur le front précis d’Openda (2-0, 60e).

Si la situation est critique, Igor Tudor semble apporter au tableau d’affichage la même considération que l’ingénieur en chef de Tchernobyl aux multiples clignotants rouges de son pupitre, c’est-à-dire qu’il se tripote un quart d’heure sans rien entreprendre alors que l’OM, sonné par ce second but, est proche d’en subir un troisième. La seule éclaircie provient d’une contre-attaque initiée par une superbe défense de Rongier : Ünder lance Vitinha sur le côté droit de la surface, dont l’enchaînement contrôle frappe donnera du grain à moudre à ceux qui pensent que pour le même résultat, Longoria aurait aussi bien pu reprendre Cliton Njie et donner les 32 millions d’euros au profit des enfants cancéreux.

Viennent enfin les changements. Malinovskyi est exfiltré aussi tardivement qu’un manifestant à Sainte-Soline (sauf que Ruslan, lui, était déjà dans cet état en entrant sur le terrain). Payet apparaît, alors que Mbemba est remplacé par Guendouzi et Clauss par Kaboré. La défense n’en continue pas moins à brinquebaler, sans toutefois encaisser le but fatal. L’espoir renaît même à l’occasion d’une longue percée de Guendouzi, qui trouve Ünder dans la surface. Cengiz centre pour Dimitri, dont le délicieux enchaînement contrôle-dribble-conclusion nous rappelle ses plus belles heures (2-1, 88e).

Tous les espoirs sont autorisés, mais le quart d’heure gâché à attendre les remplacements raréfie les occasions. L’ultime survient par un centre « ave Maria » de Guendouzi, que Vitinha remet en retrait pour Nuno Tavares. Seul en retrait, Veretout hurle « DONNE, PUTAIN », mais un tel commandement compte au moins deux syllabes de trop pour le cerveau de l’ailier, qui a déjà pris l’option de balancer un grand coup de tatane en tribune les yeux fermés. La défaite est donc inévitable pour cet OM « bien mais pas top », et ses limites rédhibitoires pour surmonter aux faits de jeu, turpinades et avanies diverses.


Les joueurs

Lopez (2/5) : Ne démérite pas, mais ne réalise pas l’exploit que son homologue accomplit. Je crains que le niveau Ligue des Champions ne soit à Pau ce qu’une multiplication à deux chiffres est à un policier : un plafond.

Mbemba (2+/5) : Le retour de l’OM « Ligue des Champions » sympathique mais piégé bêtement. L’ennui, c’est qu’on ne sait pas si cette comparaison est flatteuse pour le niveau de Lens, ou si c’es le nôtre qui baisse.

Guendouzi (75e) : Tout un stade qui le hue, des joueurs et des bancs prêts à se battre, et Clément Turpin au milieu. Un contexte si parfait et seulement quinze minutes de jeu pour Mattéo, c’est presque criminel.

Gigot (4-/5) : Parti pour un match d’anthologie mais fauché peu avant la trentaine, c’est notre Amy Winehouse à nous.

Balerdi (29e, 4/5) : Révélation : Leo a accompli des miracles en sauvant plusieurs contre-attaques seul contre deux Lensois. Si ça se trouve, c’est quand il a trop de monde autour de lui qu’il panique et fait des conneries. Au prochain match je tenterais bien de l’aligner comme seul défenseur dans un schéma en 1-9-1 : au mieux il se révèlera, au pire on rigolera bien.

Kolasinac (3-/5) : On ne peut pas passer sous silence ce funeste dixième de seconde d’inattention sur le second but, car le football se joue sur des détails (sauf pour Angers ou l’AS Nancy Lorraine, pour qui le football se joue sur le fait de ne pas savoir faire une passe, mais en tout cas pour nous ça se joue sur des détails).

Clauss (2-/5) : A pleuré deux fois dans le Nord : quand il y est venu et quand il en est parti. Depuis, c’est nous qui pleurons.

Kaboré (75e) : Pas grand-chose à signalé si ce n’est un ballon échappé sur un joli service de Payet.

Rongier (3+/5) : C’est intelligent, c’est propre, c’est honnête et en plus efficace pour lancer l’action du but, et le tout dans cette absence totale de charisme et de fantaisie qui procurerait une érection à un huissier de justice luthérien.

Veretout (3/5) : On peut somme toute appliquer aux Rongetout la même appréciation qu’à Pau Lopez : dans l’absolu c’est très bien, mais la comparaison avec leurs homologues lensois picote un tout petit peu. Genre une petite lourde au fond des filets, parfois ce n’est pas grand-chose, mais ça peut faire la différence entre une deuxième et une troisième place.

Nuno Tavares (2-/5) : Avant de continuer à me moquer je veux être certain qu’il ne souffre pas d’une amputation de la vision périphérique. Non parce que je me suis fait avoir aux Jeux Olympiques, avec le nageur de dos, là, qui a fait marrer tout le monde en se mangeant le crâne contre le mur de la piscine au lieu de faire son virage. On a appris qu’en fait il était atteint d’un handicap visuel, et donc que c’était mal de rigoler. De rigoler en public, je veux dire. Donc là voilà, pareil, tant qu’on ne sait pas s’il est atteint d’une infirmité ou s’il n’a juste pas appris à regarder autour de lui, aucune vanne sur le glaucome à crampons jusqu’à nouvel ordre.

Ünder (2-/5) : Totalement anonyme, alors qu’il lui aurait suffi de réorthographier son prénom en Djenguyze pour recueillir un succès immédiat chez tous les futurs parents du Pas-de-Calais.

Malinovskyi (1/5) : N’ayant rien de nouveau à dire sur cette nouvelle performance affligeante, nous allons profiter de l’espace alloué à cette appréciation non pas pour insulter Chibrald Darmanin, mais pour revenir sur l’absence d’Amine Harit et de ce dont elle nous aura privé en cette deuxième partie de saison. Puisque l’on évoquait naguère les coups de pute du destin, n’oublions pas qu’ici on est sur du trois-étoiles.

Payet (75e) : Son entrée montre tout de même qu’il conserve de plus beaux restes que ce que son temps de jeu famélique laisserait à penser. Cela ne peut que renforcer le sentiment de gâchis de ne pas avoir opéré les changements plus tôt, d’autant que pas grand-chose ne restait à perdre dès l’heure de jeu.

Sanchez (3+/5) : Sa sortie, événement le plus merdique du week-end ? Allons donc, il reste le diagnostic de sa blessure, voyons.

Vitinha (46e, 1/5) : On a un cheval comme ça, au Poney Prolétaire Pertuisien, il s’appelle Indien. Il est gentil, il fait 500 kilos, il a du mal à mettre un pied devant l’autre sans trébucher, mais la monitrice garde confiance pour l’emmener aux concours l’an prochain. Par contre je ne pense pas qu’elle l’ait acheté pour 32 millions d’euros.


L’invité zoologique : Brice Sambabouin

Il n’y a rien à tirer des babouins, ces mal élevés qui tirent un malin plaisir à narguer leurs visiteurs de cris hystériques en leur montrant leurs culs rougeauds. Et en plus on ne sait pas comment ils se débrouillent mais ils sont insaisissables, ces cons. Voici leurs observations :

  • Les autres : Un gardien qui fait des arrêts, un milieu qui marque des lourdes, des joueurs qui ne se blessent pas, un défenseur qui est repêché par l’arbitre quand il se cague. Ces différences minimes mises à part, on est relativement proches.
  • Le classement : Alors déjà on est européens, c’est sûr. Cinquièmes au pire. Pour le reste Lens passe deux points devant nous, et Monaco peut revenir à six points.
  • Coming next : réception d’Angers, déplacement à Lille, réception de Brest, déplacement à Ajaccio. Lens enchaînera de son côté Reims, Lorient, Ajaccio et Auxerre. Monaco aura plus fort à faire, contre Lyon, Lille, Rennes et Toulouse.
  • Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Instagram et sur Twitter. Anthony Ch. remporte le concours zoologique.

Bises massilianales,

Blaah

2 thoughts on “Lens-OM (2-1) : La Canebière Académie touche ses limites

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