Monaco-OM (3-2) : La Canebière Académie prie San Gennaro

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C’est lequel San Gennaro au fait, celui qui suinte de l’huile ou celui qui pleure du sang ?

Aïoli les sapiens,

Le football moderne, on l’a assez répété, s’inspire désormais très largement des méthodes de l’entreprise pour optimiser sa performance dans les différents secteurs du jeu. Traitement de données, coachs psychologiques, management humain d’enculés, indicateurs de performance, … toute la panoplie a désormais intégré l’environnement du club, avec quelques réticences culturelles parfois lorsque la culture du PowerPoint rencontre trop brusquement celle du coup de boule.

C’est ainsi que, dans le choix d’un entraîneur, l’analyse multicritères est fréquemment mobilisée. Outil d’aide à la décision complexe par excellence, l’analyse multicritères présente le mérite d’une part d’agréger de manière objective des paramètres très divers, d’autre part de pondérer librement ces critères en fonction des priorités du moment, en d’autres termes de donner une importance prioritaire à ce quoi nous arrange. C’est ce qui permet à l’analyse multicritères d’être employée aussi bien par l’ingénieur intègre (« implanté en A ça coûte plus cher mais implanté en B on crame toutes les zones humides de la région, démerdez vous avec ça, c’est pas moi qui ai été élu pour décider ») que par le maire des Hauts-de-Seine (« l’option B c’est un repoussoir pour la concertation donc t’es gentil, tu me colories toutes ses cases en rouge et toutes celles de la A en vert, je m’occupe de faire gober le reste à ces cons »).

La pondération des critères peut également peut également évoluer pour s’adapter à un contexte mouvant, comme en témoigne l’analyse multicritères employée par Pablo Longoria pour déterminer le choix de l’entraîneur :

Pour Sampaoli :

CritèreImportance du critère
Expérience3
Palmarès2
Jeu offensif3
Salaire modéré1

                      
Pour Tudor :

CritèreImportance du critère
Expérience1
Palmarès1
Jeu offensif2
Salaire modéré2

Pour Marcelino :

CritèreImportance du critère
Expérience1
Palmarès1
Jeu offensif1
Salaire modéré4

Pour Gattuso :

CritèreImportance du critère
Expérience0
Palmarès0
Jeu offensif0
Salaire modéré1
Accepte de venir10


Que dire de Gattuso, pompier de service muni d’une réputation peu flatteuse au-delà du raisonnable ? Pas grand-chose d’autre que les échos, parfois incendiaires, qui nous parviennent d’Italie ou d’Espagne. Il semble que rien ne puisse s’inscrire sur le long terme avec ce coach, ce qui s’avère accessoire puisque chez nous le long terme n’existe pas. Dans cette perspective, pourquoi ne pas donner sa chance au produit dans le cadre d’une mission « commando-couilles », vision caricaturale certes mais dans laquelle notre sauveur du moment paraît lui-même se complaire. Une sorte de Pascal Dupraz du riche, de quelque façon. En tout cas, une chose est certaine, par rapport au sinistre géomètre qui l’a précédé, Gattuso ne devrait pas générer l’ennui, au moins en conférence de presse à défaut du terrain.


Les Longorious Basterds 

Lopez
Clauss – Mbemba– Gigot– Murillo
Rongier– Ounahi (Vitinha, 82e) – Veretout
Ndiaye (Harit, 48e) – Aubameyang– Correa (Sarr, 74e)

Kondogbia, Lodi et Soglo sont absents, ce qui nous permet d’assister à la première titularisation d’Amir Murillo, dit « ah oui, c’est vrai qu’il est là, lui ». Pour le reste, on demeure sur un 433 basique avec les Rongetout au milieu et Ounahi chargé d’animer le bouzin.


Le match

On pourrait élever notre début de rencontre comme symbole du fameux « choc psychologique » apporté par un nouvel entraîneur, mais la vérité est que l’OM n’a même pas eu à forcer pour perforer Monaco dès la première minute. Une relance de Murillo est bonifiée par une habile déviation en une touche de Correa, qui suffit à faire sauter le verrou : Veretout lance Aubameyang, qui profite des boulevards pour adresser le centre parfait à Ndiaye. La reprise d’Illiman est honteusement foirée, ce qui lui donne cependant une trajectoire illisible pour le gardien. L’esthétique de la chose est à revoir, mais pour une fois que la chance est avec nous, ne faisons pas la fine bouche (0-1, 1re).

Outre le miracle d’avoir fait apparaître le nom de Correa pour la première fois dans le compte-rendu d’une action, Gattuso a redonné envie aux jours de presser haut dans le camp adverse, si bien que ces premières minutes évoquent le « taper, taper, taper » basique mais redoutable d’Igor Tudor. Bien vite hélas apparaissent également les fragilités de l’équipe : sur une bête touche, Rongier et Gigot laissent Akliouche se saisir du ballon sans mesure l’urgence de la chose. Pas gêné pour deux ronds, le jeune Monégasque profite des politesses pour se mettre en situation de tir, constater qu’au lieu de contrer la frappe comme une brute Mbemba s’efface comme une pucelle devant Francis Heaulme, et se fait donc un plaisir de ficher une frappe au premier poteau (1-1, 8e).

L’OM ne se décourage pas, étant entendu que ce match est d’emblée placée sous le signe des défenses à la one-again. Les duels sont gagnés, le ballon est maintenu dans le camp adverse, quelques approches intéressantes surviennent. Ainsi, après un corner repoussé par la défnese monégasque, l’OM récupère et conserve la balle pour déployer une nouvelle atatque. Après quelques mouvements, Veretout décale Ndiaye sur la droite, pour un centre parfait au point de pénalty. Resté à l’offensive, Gigot conclut d’une belle volée intérieur du pied (1-2, 18e).

Si nos défenseurs se mettent à réussir des gestes d’avant-centre, le problème est qu’ils défendent aussi comme des avant-centres (de U13). Alors qu’un coup-franc est concédé au milieu de terrain, Rongier et Veretout, et leurs 127 ans d’expérience cumulée oublient de se replacer. Nos gros naïfs laissent ainsi Akliouche bénéficier du coup-franc vite joué, et lancer Balogun dans le dos de Gigot et Mbemba pas plus concentrés. Revenu en catastrophe, Murillo ne peut éviter de se faire pourrir par l’attaquant, qui de l’entrée de la surface permet à Lopez de compléter sa collection de buts encaissés au premier poteau (2-2, 23e).


Parti sur les bases d’un but tous les tirs cadrés, Pau se rebelle sur l’action qui suit, produisant une remarquable double RAIE devant Akliouche, parti au face-à-face dans le dos de Gigot et Clauss dès l’engagement.

Alors que ce match foutraque s’apaise enfin, apparaît une autre fragilité inquiétante de l’équipe : le « taper, taper, taper » avec pressing haut, seconds ballons gagnés et investissement du camp adverse, nous ne sommes capables de le pratiquer que vingt minutes. Relativement inaperçue derrière le quadrillage soporifique de Marcelino, la tare apparaît d’autant plus préjudiciable qu’à ce moment de la saison, les joueurs n’ont pas davantage la qualité collective pour produire du jeu offensif sans courir partout comme des dératés.

C’est ainsi que toute la seconde période voit nos joueurs rendus inoffensifs à la fois par la fatigue physique et par l’absence d’idée sur la manière dont ils pourraient combiner ensemble. L’ennui c’est qu’un nouveau moment honteux dès la reprise les empêche même de sauver le point du match nul : coup sur coup, Clauss puis Gigot perdent deux duels aériens. Balogun efface un Mbemba dont on ne sait toujours pas s’il est venu à Monaco pour jouer au foot et aller voir les viers marins au musée océanographiques, et envoie de nouveau Akliouche en position de tir. Murillo défend comme il a vu ses aînés le faire (à un mètre et sans essayer de contrer la frappe), et Pau Lopez complète son hat-trick de buts au premier poteau (3-2, 52e).


Insipide, la deuxième mi-temps est marquée par une jolie ouverture de Clauss dans la course d’Aubameyang. Le gardien glisse dans sa sortie, mais Pierre-Emerick se laisse lamentablement reprendre par le retour des défenseurs avant de tirer. Pire, une contre-attaque meurtrière s’ébauche, qui voit en bout de ligne Balogun décaler Ben Yedder. Au football comme en soirée, l’international français ne tient guère compte des désirs de ses victimes et croise sa frappe là où Pau Lopez déclarait pourtant ne consentir qu’à des buts au premier poteau : une RAIE de notre gardien nous préserve.

Alors que l’entrée des remplaçants (Harit, puis Sarr et Vitinha en fin de match) oscille entre l’inutile et le pathétique, l’égalisation reste ainsi à la portée de l’OM, sur un malentendu. Après un contre favorable, Veretout lance ainsi Vitinha, qui préfère toutefois tenter une frappe de demeuré dans un angle impossible plutôt que de servir Sarr qui attendait au deuxième poteau.

Sans accabler outre mesure des joueurs qui ont incontestablement fourni des efforts ce soir, on mesurera le gouffre qu’il leur reste à combler individuellement et collectivement pour parvenir à quelque chose qui ressemble à du haut niveau. Si le début de saison poussif pouvait plaider contre un plan de jeu infâme bridant les joueurs, si la rouste parisienne pouvait relever de l’accident ponctuel, cette défaite a ceci d’inquiétant qu’elle nous exhibe en slip aux yeux de tous. En un mot comme en cent, on n’est pas bons et on ne peut définitivement plus le cacher.


Les joueurs

Lopez (2/5) : Vu l’abandon total auquel sa défense l’a livré, ce serait injuste de résumer sa prestation à celle d’une passoire : n’importe quel gardien lambda aurait encaissé les mêmes trois buts. Non, la vraie question, c’est de savoir si l’OM doit se contenter de n’importe quel gardien lambda.

Clauss (2+/5) : Les premiers céleris-rave ne sont pas encore arrivés sur le marché que certains de nos joueurs sont déjà physiquement rincés. Ils devraient manger plus d’épinards, ça au moins il y en a en ce moment.

Mbemba (1/5) : Il y a certaines personnes que l’on ne s’étonne pas de voir faire de la merde. Eric Ciotti, par exemple, la maîtresse avait écrit « étron humain » dès son bulletin de CP, zéro surprise aujourd’hui. Pareil pour Charlie Hebdo, ils n’ont pas changé en bien, c’est le moins que l’on puisse dire, mais au moins on peut comprendre un certain cheminement dans la déchéance, certaines raisons. Chancel non, on comprend pas, juste, on constate.

Gigot (2+/5) : Un très joli but et, enfin, le retour de ses sorties de mammouth dans le camp adverse. Je pourrais gâcher l’ambiance en rappelant qu’il est salement impliqué dans les 3 buts (trois) encaissés par son équipe et que c’est un tout petit peu gênant pour un défenseur central, mais apparemment la presse du matin a décidé qu’il était notre sauveur, dont acte.

Murillo (2/5) : Déjà en difficulté pour tenir son aile, on lui a demandé en plus d’éponger les souillures de Mbemba, ce en quoi il a échoué. Cela étant, sa prestation, même moyenne, confirme que nous avons bien recruté un joueur de football, ce qui est déjà rassurant par rapport à d’autres recrues de ce mercato.

Rongier (1/5) : Un vrai match de troisième ligne (italien contre la Nouvelle-Zélande), un véritable barrage (républicain), un authentique capitaine (du Titanic).

Veretout (3+/5) : Deux fois décisif dans nos vingt minutes de temps fort, et ne s’est pas transformé en flaque de pisse ensuite. Prenons les satisfactions où elles se trouvent.

Ounahi (2/5) : Produire autant d’efforts pour un résultat aussi maigre, c’est anti-darwinien : si la théorie de la sélection naturelle se confirme, soit cette énergie dépensée va finir par lui apporter des succès, soit il va préserver la stabilité de son organisme et ne plus rien foutre.

Vitinha (82e) : Ah non, on a dit qu’on arrêtait avec les imitations de poterie. Oui ben je m’en fous que t’as trouvé un super tutoriel pour imiter l’hydrie étrusque à argile micacée, tu nous le joueras à la prochaine foire aux taraillettes mais en attendant tu fais du football, s’il te plaît.

Ndiaye (4/5) : Un but, une passe décisive, et une blessure qui lui permet de partir sur une bonne impression en le dispensant de la deuxième mi-temps pérave. Elle est pas belle, la vie ? (*sanglots*)

Harit (1/5) : Alors la seule chose que l’on peut dire à de moment de la saison, c’est que la connexion marocaine de l’OM, c’est tout sauf un go fast.

Correa (1+/5) : Attendez, je crois que j’ai enfin un indice sur qui vous êtes et ce que vous faites là. Un mec qui a une place privilégiée pour assister à tous les matchs gratos sans qu’on sache ce qu’il a fait pour le mériter à part naître… vous êtes le prince de Monaco ! Je suis content d’avoir enfin trouvé, en plus ça m’a permis d’apprendre un truc en écoutant Gattuso, c’est que « Votre Altesse Sérénissime », en italien, ça se dit « Ma que cazzo di stronzo ».

Sarr (76e) : N’a pas eu le temps de renverser la table.

Aubameyang (1+/5) : Je sais pas, il s’appelle Pierre-Emerick et pourtant j’arrive pas à me moquer de son prénom. André-Frank ou George-Kévin, pourtant, on y arrivait bien. Je sais pas. La maturité sans doute. C’est ennuyeux, les gags faciles sur les prénoms composés c’est pourtant une composante essentielle de la Canebière Académie depuis plus de dix ans. J’ai une idée, voilà ce qu’on va faire : dorénavant, je vais t’appeler « Jean-Bite », ce sera plus inspirant, et en plus ça colle mieux que « Pierre Emerick » à ce que tes prestations évoquent en ce moment. C’est d’accord, Jean-Bite ?


L’invité zoologique : Maghnes Aklimouche

La mouche, elle nous rend dingues, dingues dingues, elle ne nous lâche pas, tant qu’on n’est pas cradingue, qu’on ne perd pas notre sang froid. Bref.

  • Les autres : Défense en porte de saloon mais attaque Clint Eastwood.
  • Le classement : La descente se poursuit, aujourd’hui huitièmes et demain… on préfère pas y penser.
  • Coming next : Notre adversaire européen de jeudi, Brighton, vient d’en prendre six en championnat. On a tous les deux le gabian comme emblème, mais à la réflexion c’est plutôt un comprimé de Prozac qu’on devrait afficher ensemble sur nos blasons.
  • Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Instagram et sur Twitter. Blon remporte le concours zoologique.


Bises massilianales,

Blaah

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