OM-Brest (1-2), La Canebière académie manque d’efficacité

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Le plus injuste dans le football, c’est qu’il faut marquer des buts.

Blaah et lapin

Aïoli les sapiens,

« Le secret du succès, c’est d’offrir du bon miel à la bonne mouche, au bon moment et au bon endroit. » Ce bougre de Salvador Dali, on l’oublie souvent, n’était pas qu’un cintré de première classe. On pourrait longtemps parler de son univers fantasmatique flamboyant, de sa paranoïa critique recherchant au plus profond des circonvolutions corticales les trous de vers multidimensionnels offrant des rapprochements automatiques et fulgurants entre des concepts aussi divers que les brocolis cosmiques et la Révolution d’octobre. Rendu sur la toile, tout ceci est à la fois beau, grand et barré, alors oui, on peut soit s’extasier soit se moquer devant des hallucinations aussi diverses que les montres molles, les sodomies à la corne de rhinocéros, Valentin Rongier en latéral droit, des cadavres d’ânes ou un tamanoir en laisse, mais ce serait omettre la finalité suprême de cet Art : le pognon. C’est bien beau de se monter la sègue en invoquant l’art pour l’art, mais ce n’est pas ça qui remplit le compte en banque ou l’armoire à trophées.

Une véritable leçon de vie pour l’OM de Sampaoli : pour révolutionner ta discipline, tu as le choix entre la méthode Dali et la méthode Van Gogh, et on aimerait autant choisir celle où on ne finit pas dépressif, suicidé, dans la dèche et avec tous les contemporains qui nous jettent des pierres. Puissent nos joueurs ainsi se rappeler que les relances soigneuses, les postes hybrides, les vrais et faux neufs, les permutations alambiquées et expérimentations diverses doivent toutes converger vers un seul objectif : faire bouillir la marmite à buts.


Les Longorious Basterds

Lopez
Saliba – Alvaro – Luan Peres
Rongier – Guendouzi – Kamara (Milik, 69e) – Gerson
Harit (Lirola, 57e) – Payet – De La Fuente (Ünder, 57e)

La disposition mise en place à Nantes ne change pas : Rongier joue milieutéral droit, Payet joue en faux-neuf même si concrètement Gerson se trouve plus souvent en pointe (pour tout dire, il joue surtout milieu gauche au moment d’effectuer les touches). Kamara continue à revenir sur les phases défensives pour former une défense à cinq. À noter qu’Ünder fait son retour sur le banc après une blessure.


Le match

Notre domination est totale en première mi-temps, Saliba suffisant à éteindre une main dans le slip les rares velléités bretonnes. Le ballon tourne de manière on ne peut plus fluide, le seul problème étant que le chronomètre fait de même. Or même si la production est agréable à l’œil, le rapport entre les efforts produits et les occasions obtenues reste toujours aussi dérisoire. Si dès le début du match Gerson est servi en retrait par Harit et voit sa frappe repoussée par le gardien, on ne compte guère que deux autres tirs contrés et des situations intéressantes avortées à la dernière passe.

C’est finalement au cœur du jeu qu’apparaît la solution, quand Payet et Gerson percent la défense d’un  amour de une-deux plein axe. Le Brésilien conclut le face-à-face comme on l’aime, c’est-à-dire sans pignole à base de feintes, passements de jambes et ballons piqués : non, une grosse sacoche pleine lucarne et c’est marre (1-0, 29e).

Le cliché voulant que le plus dur soit accompli avec l’ouverture du score ne sonne jamais aussi faux qu’avec l’OM cette saison : le plus dur, pour nous, c’est de pousser notre avantage une fois que les adversaires ont enfin mis le genou à terre, c’est de les écraser, les voir mourir devant soi et entendre les lamentations de leurs femmes. À la mi-temps tout va bien, d’autant que Brest ne ressemble vraiment pas à une équipe sortant de cinq victoires d’affilée. Le jeu est beau, les permutations sont imaginatives et constamment compensées par les joueurs adéquats, mais voilà : c’est tellement beau qu’on se regarde en oubliant de faire du sale. Ce faisant et même si Brest ne montre rien, nous sommes en permanence cette saison à la portée d’un incident quelconque, ce qui à la longue ne va pas arranger la fatigue nerveuse de nos troupes.


Et soudain, oh surprise, vlà-t-y pas que l’incident quelconque en question nous tombe sur la gueule dès le retour des vestiaires. Alors que l’on craignait une certaine faiblesse sur le côté gauche Luan Peres / De La Fuente, c’est finalement chez nos gaillards de droite que surgit la faille. Il suffit que Saliba et Rongier se montrent un peu moins mordants pour subir une série de contres favorables anodins, qui aboutissent à un centre tout aussi anodin qu’Alvaro repousse de manière on ne peut plus anodine – quoiqu’ici encore avec un manque de perfectionnisme assez agaçant. Del Castillo en profite pour envoyer une frappe anodinement quelconque, qui a le défaut de rencontrer sur son trajet la main de Boubacar Kamara. Au bilan, nous avons assisté à une minute de relâchements tout aussi anodins les uns que les autres et à la fin c’est Tchernobyl, en l’occurrence un pénalty transformé à contre-pied par Faivre (1-1, 53e).

Ce genre de but à la con, n’importe quelle équipe pourrait le prendre à n’importe quel moment contre n’importe quel adversaire : si on peut lui reconnaître un mérite, c’est de survenir alors qu’il nous reste encore 40 minutes pour corriger le tir. Pour ce faire, Sampaoli fait intervenir deux ailiers bon-pied : le droitier Lirola à droite, le gaucher Ünder à gauche.

Après quelques réglages défensifs difficiles voire slipométriques, Pol semble valider le choix de l’entraîneur en se montrant disponible dans le couloir et de surcroît habile au centre. Lancé par Payet, il trouve parfaitement Guendouzi qui n’a plus qu’à pladupiésécuriser au point de pénalty, mais envoie plutôt une piteuse reprise à côté du but. S’ensuit un nouveau centre de Lirola et un nouveau tir, cette fois-ci de Payet, qui voit sa reprise contrée.

Qui dit débordement et centres dit entrée de Milik en finisseur : c’est Kamara qui est sacrifié à cette fin, proposé à la sortie plutôt que Gerson sans doute en raison d’un carton jaune précédemment reçu. Sur l’action suivant le changement, l’OM oublie la vigilance la plus élémentaire et se fait surprendre sur un enchaînement rapide côté droit, où notre milieu et Saliba sont trop facilement dépassés. Quant à Luan Peres et Alvaro, c’est de manière tout à fait ridicule qu’ils se font bananer par la combinaison entre Le Douaron et Honnorat, envoyant celui-ci fusiller Lopez d’une lourde barre rentrante plein axe (1-2, 70e). On se demandait comment ce Brest-là avait fait pour gagner cinq fois de suite ? Bah voilà, maintenant que leur sixième se profile, on sait comment : une confiance en soi énorme qui fait en sorte que, lorsqu’ils tentent une construction, ce n’est pas pour se monter la sègue mais bien pour coller des buts.


Si l’on voulait bien à ce stade se montrer encore tolérant envers le sampaolisme, le dernier quart d’heure en empile les défauts. D’une part les joueurs sont manifestement épuisés, ce qui n’a rien d’étonnant compte tenu du fait que plusieurs ont couvert deux postes à la fois : on peut ainsi citer Rongier, à l’activité énorme, et Gerson, devant désormais compenser l’absence de Kamara tout en restant toujours aussi présent en attaque. Attention, on a assez souffert des tristes entraîneurs précédents pour ne pas apprécier les dépassements de fonction, mais tant que nous resterons toujours aussi inefficaces sur nos temps forts, il est à craindre que cette débauche d’efforts en pure perte ne finisse par brutalement faire lâcher les joueurs. On se souvient ainsi avec angoisse de la démission collective qui avait suivi une série de contre-performances plus ou moins imméritées pendant l’hiver bielsiste.

De plus, on reprochera à l’équipe de ne pas prendre acte du fait qu’elle se trouve dans un temps faible : nous nous entêtons dans une construction patiente au milieu de terrain alors que nous n’avons plus l’énergie pour produire les courses nécessaires, ce qui se traduit immanquablement par des pertes de balle et des contre-attaques brestoises on ne peut plus menaçantes. Ici encore, il ne s’agit pas d’appeler nos joueurs à faire de la merde, loin de là : il s’agit au contraire de prendre acte du fait que nous ne sommes plus en état de produire autre chose que de la merde et, de ce constat, d’imaginer qu’un jeu plus direct nous permettrait de faire de la merde dans les 20 derniers mètres. Tant qu’à tout miser à la roulette russe sur un ballon contré, autant que le révolver soit braqué sur la tempe de l’adversaire plutôt que sur la nôtre.


Du reste, les basiques « décalage à droite-centre-reprise » semblent toujours bien fonctionner : servi par Rongier, Guendouzi voit son centre dévié par le gardien et cafouillé par la défense. Gerson se jette mais sa reprise taclée échoue du mauvais côté.

C’est ici que nous plantons nous-mêmes le dernier clou dans notre cercueil : Lirola et Ünder permutent inexplicablement pour jouer faux-pied. L’effet en est immédiat : Pol qui multipliait jusqu’ici les centres de la droite ne fait absolument plus rien sans que l’on gagne au retour de Cengiz à sa position préférentielle, puisque le Turc ne provoque aucune différence.

La toute fin de match nous offre une punition supplémentaire pour ne pas avoir fait assez mal à nos adversaires pendant notre temps fort : puisque les Brestois ont toujours défendu sans avoir à commettre de faute, ils peuvent se permettre de faire tomber les cartons pour anti-jeu dans le temps additionnel, cassant ainsi le peu de rythme que nous essayions péniblement d’initier.

Moralité : que l’on fasse du miel ou de la merde, l’essentiel est de le fournir à la bonne mouche, au bon moment et au bon endroit. On se demande combien de points l’OM devra payer pour enfin apprendre cette maxime, si tant est que nous finissions par l’apprendre cette saison.


Les joueurs

Lopez (2+/5) : Les arrêts sont survenus sur les contre-attaques brestoises, mais le mal était déjà fait. Avec ce tir (certes difficile) encaissé au milieu de la cage, Pau obtient un nouveau point « Yohann Pelé ». Au bout de trois, c’est toi qui gagnes le droit d’être ridicule contre l’Entente sportive Cannet-Rocheville en Coupe de France.

Saliba (2/5) : Une main dans le slip en première mi-temps, les doigts dans le ionf en seconde.

Alvaro (1/5) : Alvaro est un homme franc, d’où son attachement à transformer un résultat vaguement inquiétant en franche catastrophe, au moins la situation est plus claire.

Luan Peres (1/5) : Monstrueux lorsqu’il s’agit de défendre en avançant, Luan est en revanche toujours aussi peu à l’aise lorsqu’il subit ; manque de bol, c’est surtout ce que le jeu lui demande en ce moment. Je sais pas, peut-être devrait-il s’essayer davantage à l’amazone avec sa femme, cela lui montrerait qu’on peut prendre aussi du plaisir en laissant l’initiative.

Rongier (3-/5) : Un volume de jeu zeppelinesque, particulièrement dans une première mi-temps de haut vol. On regardait Valentin verrouiller le côté droit et, à peine le temps de cligner des yeux qu’il se trouvait à la réception d’une touche de Gerson à gauche dans le camp adverse. Est-ce en raison de ces efforts qu’il se rend coupable de deux micro-faiblesses en seconde ? Toujours est-il que celles-ci se sont payées au tarif premium avec un but à chaque fois.

Guendouzi (2+/5) : Propre, bien placé, percutant et tout, mais malgré toute la sympathie et le respect qu’il inspire, on est bien forcé de reconnaître que sur le plan comptable, son action foirée transforme tout ceci en branlette stérile.

Kamara (2+/5) : La vigilance, bordel. Tu es bien, tu es sur l’autoroute, il n’y a personne et le soleil brille, tu as mis le dernier Massilia à l’autoradio et tu t’autorises à lâcher une main pour te curer une narine. Manque de bol, c’est pile le moment que choisit la caravane du Néerlandais d’à côté pour éclater un pneu, et là soudain c’est Destination finale.

Milik (69e, 1/5) : Théorème de Benedetto : quand ton avant-centre est nul, fais bien en sorte de changer la disposition d’équipe pour qu’il ait encore moins de quoi se remettre en confiance.

Gerson (3+/5) : C’est qu’il commence à bien s’entendre avec Dimitri, le filou. Si lui aussi ne s’était pas finalement mis à foirer des occasions décisives, on aurait même pu se laisser aller à une petite fellation à hauteur du mal qu’on lui avait dit jusqu’ici.

Harit (2/5) : Incarnation de cet OM dont la principale préoccupation est de savoir si on a bien pensé à payer l’option « vidéo » en réservant le five.

Lirola (57e, 2+/5) : Malgré quelques minutes inquiétantes, on a retrouvé un Pol percutant et pour une fois plutôt adroit au centre. Mais le jeu produit n’était sans doute pas assez léché pour Sampaoli, qui l’a incontinent anéanti en l’envoyant côté opposé. En ce moment les intentions de jeu de Sampaoli c’est comme les valeurs du rugby : tout le monde sait qu’il y en a mais personne ne sait dire lesquelles.

De La Fuente (1/5) : Ne trouve pas sa place dans le jeu olympien : en témoignent ses nombreux appels qui ne trouvent quasiment jamais de réponse, sans que l’on sache très bien si ce sont les coéquipiers qui l’ignorent ou lui qui ne propose pas les bonnes options. Le plus dommage dans tout cela, c’est que Konrad a eu plusieurs occasions de se consoler avec des un-contre-un des familles, mais qu’il ne tente même plus ses accélérations individuelles qui carbonisaient pourtant les latéraux adverses cet été.

Ünder (57e, 1/5) : Il ne s’est pas encore remis dans le sens de la marche après sa blessure ; pour citer un ami qui travaille dans l’habillement, ce soir on a surtout vu Ünder à rebours.

Payet (2+/5) : si le compteur de passes décisives augmente d’une unité, le compteur de carburant frôle dangereusement la réserve.


L’invité zoologique : Jérémy Le Dindouaron

Il ne faut pas vendre la peau de la dinde avant de l’avoir fourrée. Picoré à mort ce soir, l’OM méditera longuement ce proverbe fournie par notre invitée de l’Avent.

– Les autres :

Le classement : On remerciera le PSG d’une part d’être nul à chier, et d’autre part de tenir suffisamment à insulter le football pour tout de même gratter un point honteux contre nos rivaux directs, Nice précédemment et Lens hier.

Coming next : c’est raté pour le plein de points avant la trêve. Restent Strasbourg et Remis en championnat, plus deux matchs qui vont voir ce que cet OM a dans le ventre sous la menace d’une élimination directe : le Lokomotiv pour une place en Conférence Ligue et, bien sûr, l’Entente sportive Cannet-Rocheville en coupe de France.

– Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Instagram et sur Twitter. Lucide, Homerc remporte le concours zoologique.


Bises massilianales,

Blaah.

2 réflexions sur “OM-Brest (1-2), La Canebière académie manque d’efficacité

  1. Un volume de jeu zeppelinesque, c’est un volume de jeu gonflé d’air, qui transporte des nazi.e.s et qui s’écrase souvent au sol ?

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