OM-Shakhtar Donetsk (3-1) : La Canebière Académie reste en vie

3

Oldie but goodie

« Si vous voulez qu’on rejoue en 352 il faudra changer d’entraîneur ». Dont acte : la citation se traduisant de toute évidence par « ça me ferait caguer de tenter quelque chose pour qu’on essaie de gagner des matchs », Gennaro Gattuso a été prié d’aller mourir avec ses absences d’idées, d’accord, mais pas de mort lente et surtout loin de chez nous.

Le mouvement de godille à la tête de l’équipe se poursuit, dans un total manque de cohérence qui aurait pu s’avérer navrant, qui mais qui devient tout à fait accessoire dès lors que l’idée même de projet de jeu est morte et enterrée au moins jusqu’à la fin de la saison. En ces moments de crise, Longoria privilégie l’expérience en convoquant aux affaires le tandem gérontocratique Gasset-Printant, à l’image de l’Union soviétique avec Andropov ou Tchernenko ou d’Emmanuel Macron avec le fantôme de Philippe Pétain. Si la tentative n’évite pas l’effondrement, au moins peut-on espérer le repousser un peu.

Charge donc à nos vieux fourneaux de rassurer un effectif traumatisé, deux jours une échéance qui pourrait tout aussi bien maquzer la fin de la saison.


Les Longorious Basterds 

Lopez
Mbemba – Gigot – Meïté
Clauss – Ounahi (Veretout, 63e) – Kondogbia – Harit (Soglo, 94e) – Merlin
Moumbagna (Sarr, 63e) – Aubameyang (Ndiaye, 84e)

Gasset a peut-être une élocution difficile, voire peut-être bave-t-il un peu en interview, toujours est-il qu’il a mis moins de 48 heures à comprendre ce que Gennaro Gâteux a refusé d’admettre pendant des mois, comme quoi la véritable sénilité n’est pas une affaire d’apparence extérieure. Les joueurs sont donc placés dans la composition qui paraît le mieux convenir, pour le reste le message est le même que pour ces cavalières qui terminent invariablement leurs concours les gencives plantées dans le sable : « remets-toi la tête à l’endroit, souviens-toi de ce que tu sais faire, contente-toi de choses simples et yalla ».

Suspendu, Balerdi est exclu de la fête. En revanche, Veretout fait son retour dans le groupe après un mois d’absence pour blessure.


Le match

Le réarmement mental de l’équipe est un succès : non seulement nous apparaissons aussi nuls que contre Brest, mais nous tentons de compenser cette nullité par un sur-engagement qui confine à la débilité totale. Avant même la première minute, le slipomètre est à l’écarlate après une balade des Ukrainiens entre nos défenseurs qui courent partout et n’importe comment. Un renvoi médiocre de Meïté sur un long ballon provoque ensuite une lourde bien détournée par Lopez. C’en est trop pour Clauss qui, sur une percée adverse au départ anodine, dépose son cerveau et un croc-en-jambe en pleine surface. Eguinaldo régit d’un « ah ? ah bah si c’est ça je veux bien tomber, alors », et obtient le pénalty que Sudakov convertit à contre-pied (0-1, 11e).

Le calvaire se poursuit avec les efforts démesurés de Gigot pour subir le carton rouge le plus crétin possible, même si Samuel parvient par miracle à se contenir en se limitant à un simple carton jaune pour un amour d’hippopotacle au milieu du terrain. Pessimiste, ce constat vire au sinistre si l’on parle du jeu pratiqué : dans ces vingt premières minutes, une seule équipe joue au football, et ce n’est pas la nôtre. Les hésitations, les erreurs techniques et fautes de placement s’accumulent dans des proportions dantesques, et la rencontre promet alors de n’être qu’une longue agonie.

Cependant, quelque part dans les petits cerveaux spongieux de nos joueurs, le message de confiance et de simplicité de papy Jean-Louis est parvenu à se frayer un chemin et à s’ancrer vaillamment comme le bébé moule parvient à se fixer à son bouchot. L’heure n’est pas aux grandes envolées mais à jouer sur les leurs sûres : le pressing à la perte et le jeu direct. Se regardant un peu trop jouer dans leur sorties de balle, certes remarquables, les Ukrainiens ne perçoivent pas la menace et, après plusieurs avertissements, commettent la perte de balle fatale. Sous un pressing conjoint de Moumbagna, Kondogbia et Harit, Amine récupère la balle à trente-cinq mètres et lance immédiatement Aubameyang à droite de la surface. Jean-Bite se sentant en Ligue Europa comme dans son jardin, il se saisit de l’occasion sans la moindre milliseconde de doute et ajuste le gardien au premier poteau (1-1, 23e).


L’égalisation procure à l’équipe le même effet qu’un gros « crac » de dos après huit heures sur un siège de bureau non ergonomique. Les tensions s’effacent comme par magie et la vie apparaît soudain d’une beauté inédite. L’OM occupe en permanence le camp adverse, joue simple mais juste avec des mouvements offensifs à deux masses maximum et, cerise sur le gâteau, titre plutôt biens es coups de pieds arrêtés. L’un deux voit le ballon cafouillé dans les six-mètres, où Gigot est arroché par le bras. Samuel réagit d’un « ah ? ah bah si c’est ça je veux bien tomber, alors », mais l’arbitre lui refuse la réciproque du pénalty accordé en début de match.

Plus gênantes sont les décisions qui ne laissent pourtant que peu de place à l’interprétation : dans le temps additionnel, Moumbagna est proprement balancé à l’entrée de la surface sans que les arbitres central et vidéo n’y trouvent quoi que ce soit à redire. La faute est plutôt flagrante, sauf à tordre l’interprétation jusqu’à l’absurde et prétendre qu’elle avait lieu un millimètre hors de la surface ou qu’Harit avait tiré avantage de la suite de l’action. Petite consolation cependant dans ce vol manifeste, les résumés de la soirée européenne montrent une absence totale de cohérence dans les pénaltys accordés ou refusés au cours des différents matchs, la décision à la tronche du client semblant être la seule règle qui vaille même en présence d’une vidéo censée objectiver les choses. L’aigreur en est décuplée : ce qui est le plus grave n’est pas une décision déjà honteuse en soi, mais qu’elle s’inscrive dans un « deux poids, deux mesures » assumé. Comme dirait mon ami Babas, les pénaltys évidents refusés, c’est un peu comme le tabassage des écologistes ou le soutien à Israël (non, en fait c’est faux, il n’a jamais dit ça, c’est juste que ma femme vient de me demander si j’étais vraiment certain d’assumer cette vanne).

Le début de seconde mi-temps paraît flottant et incertain, laissant l’âme divaguer jusqu’à prendre un plaisir vicieux à focaliser son attention sur le match d’Azzedine Ounahi (si vous vous en sentez le courage, revoyez donc la rencontre sous cet angle, c’est une expérience artistique et intellectuelle particulière). Les occasions nettes alternent entre nos adversaires (une tête piquée juste à côté sur corner) et nous-mêmes (une récupération haute de Merlin relayée par Harit pour une frappe de Clauss déviée de justesse).

Alors que leur championnat n’a pas encore repris, les joueurs du Shakhtar commencent à tirer la langue, d’autant qu’Arrigo Jean-Louis (celle-ci, elle est bien de Babas par contre) fait entrer du sang neuf en les personnes de Sarr et Veretout.


L’OM profite de son avantage physique pour réinstaller une domination, tout en se limitant toujours à des actions simples. Veretout envoie ainsi un long ballon vers la surface, où Aubameyang prend le dessus sur son défenseur pour tenter de contrôler la balle. Les vertus du système à deux attaquants jouent ici à plein, puisque Sarr se trouve au voisinage immédiat de ce duel et peut profiter de ce ballon déposé devant lui pour expédier une sacoche en volée après le rebond (2-1, 74e). Un centimètre carré de sa peau se trouvait peut-être en position de hors-jeu mais, conformément à leur ligne de conduite depuis le début du match, les arbitres vidéo décident de ne pas faire chier le central et de le conforter dans sa décision d’accorder le but.

Avec l’avantage au score, nos Expendables doivent passer à un deuxième révélateur, celui de la rétractation gonadique d’après-but et de l’égalisation qu’elle entraîne invariablement. L’OM est d’ailleurs aux fraises dès l’engagement, se remettant à souiller leur slip alors qu’un attaquant est en train de zigzaguer au milieu d’eux. Finalement, Veretout concède un coup-franc dangereux, mais bien bloqué par Lopez. Surtout, deuxième miracle, nos joueurs se rendent enfon compte que la meilleure façon de ne pas paniquer quand les adversaires investissent notre camp, c’est encore de les en maintenir éloignés. Si nonchalant en Ligue 1, Jean-Bite réalise ainsi un sprint de Jamaïcain pour aller presser la première relance, l’action devenant même sacrifice puisqu’il se fait savater par le défenseur à qui il venait de chiper la balle. Bien tiré par Clauss, le coup-franc est ôté des mains du gardien par l’un de ses défenseurs, le centre arrivant finalement à Kondogbia au deuxième poteau. Tout en application, Geoffrey glisse le ballon au fond dans un angle fermé (3-1, 81e).

Nous attendons ensuite le moment où l’OM va gâcher cet avantage confortable en prenant le but idiot qui leur garantira une fin de match sous tension, mais les Olympiens ne se départissent pas de leur sérieux. Finalement, la seule alerte vient du demeuré congénital sis en tribune et qui juge opportun de balancer un fumigène sur le terrain à la 96e minute d’un match où la qualification est acquise. Cela étant, terminer la rencontre en insultant un seul tocard plutôt que onze représente déjà un progrès significatif, voire un luxe si l’on se retourne sur la situation dans laquelle nous avons débuté ce match.


Les joueurs

Lopez (4-/5) : Solide sur la ligne mais toujours d’une timidité de pucelle lorsqu’il s’agit de s’imposer sur les longs ballons. A sa décharge, se lancer de tout son poids face à Samuel Gigot en hurlant « LAISSE ! » nécessite une confiance en l’avenir rarement à la portée des joueurs professionnels pesant moins d’un quintal.

Clauss (2+/5) : Avec des débuts de matchs comme celui-ci c’est pas le Canal Football Club que Mehdi Benatia sollicitera pour faire des déclarations, c’est la cérémonie des César. Cela dit, Jonathan est ensuite parvenu à se rétablir pour livrer une suite de match correcte, ce qui compte tenu du naufrage initial et de son contexte particulier ne représente pas un mince exploit.

Mbemba (3+/5) : La solidité défensive était livrée avec son supplément « apport offensif ». Compte tenu des échéances à venir en Europe et en Ligue 1, ce ne serait pas malvenu de maintenir ces standards.

Gigot (3-/5) : Aligner Gigotdans son état normalc’est déjà dangereux, mais aligner un Gigot capitaine et surmotivé dans un match-couperet de coupe d’Europe, cela devrait imposer un permis de port d’arme. Je suis presque prêt à parier que si le Real Madrid n’a pas encore officialisé la venue de Kylian Mbappé, c’est que leur assureur leur a demandé de laisser d’abord passer OM-PSG le 31 mars prochain.

Meïté (3/5) : Simple et de bon goût, en attendant de marquer au prochain tour contre Liverpool pour célébrer les vingt ans de la campagne 2004 comme il se doit.

Merlin (3+/5) : Le bon panaché entre l’activité sur l’aile et quelques belles interventions plus axiales, mis en confiance par papy Gasset et ses astuces démentielles de sorcier, telles que : « faire jouer les joueurs à leur place dans le système qui leur convient ».

Kondogbia (4+/5) :Babas ne répondant pas au téléphone, je ne vais malheureusement pas pouvoir lui attribuer de vanne douteuse à base de char d’assaut qui roule sur ses adversaires. Et pourtant…

Ounahi (1/5) : Tout le monde s’est ressaisi, sauf Hasbeen Ounahi qui a passé l’intégralité de son heure de présence à errer sur la pelouse et à gâcher certaines situations d’avantage à force de manifester un engagement physique de drosophile. Va falloir que le management de Gasset se montre soit très, très bienveillant avec lui, soit très, très bienveillant avec Pancho et Printant lorsqu’ils vont devoir lui expliquer les choses à leur façon.

Veretout (63e, 3+/5) : Quelques erreurs techniques de reprise mais, une fois que toute la rouille sera bien décapée, l’OM retrouvera à n’en pas douter un élément majeur.

Harit (3/5) : Lui est parvenu à s’élever du marasme, sans cependant atteindre les altitudes de certains de ses coéquipiers. Il faut dire que chez lui, la consigne de jouer simple est un peu plus difficile à appréhender que pour les autres.

Soglo (94e) : Entré pour risquer de prendre un fumigène sur la figure.

Aubameyang (5/5) : On ne peut pas faire comme dans « Good Bye Lenin », monter toute une machination pour lui faire croire même contre Montpellier ou Clermont que la Ligue Europa ne s’est jamais arrêtée ? Je suis prêt à sacrifier beaucoup de choses si ça se fait, même à voir plus de matchs commentés par Jean-Marc Ferreri si les performances de Jean-Bite sont à ce prix.

Ndiaye (84e) : Est enfin présent sur la pelouse au moment où un truc se passe bien.

Moumbagna (3/5) : Toujours dans le registre Vitinhesque du déménageur peu habile face au pied mais précieux pour conserver la balle, libérer des espaces et obtenir des coup-francs. La seule différence est qu’il le fait mieux et pour moins cher.

Sarr (63e, 4/5) : Il a fait tout bien ! Ce n’est donc pas une légende, ce cliché de la relation privilégiée entre le vieil homme et le jeune chien fou. On va en faire un biopic et le nommer « Qu’a raté Kid », ce sera édifiant pour les jeunes générations.


L’invité zoologique : Echidnaldo

Hérisson à trompe pondant des oeufs, l’échidné était l’invité approprié pour commenter avec nous ce match au contexte très particulier, entre une équipe délocalisée pour cause d’invasion et ne jouant pas pour cause de pause hivernale, et une autre étrennant son 4e entraîneur sous des encouragements à tout rompre et des banderoles lui disant d’aller se faire foutre.

  • Les autres : Dire que s’ils avaient fermé la boutique au lieu de tenter leurs sorties de balle de mariolle, l’ambiance de ce matin serait totalement différente. Le football est parfois beau, mais le manque de condition se fait cruellement sentir.
  • Coming next : Dépêchez-vous de lire cette académie, on tire au sort les huitièmes de finale ce midi. En championnat, il serait utile de bien négocier la série à venir Montpellier-Clermont-Nantes, sachant que la suivante se nommera Rennes-PSG-Lille-Nice.
  • Les autres :  Hormis l’OM, tous les participants français à la Ligue Europa sont éliminés. Mention spéciale à Lens, battu 3-2 en prolongation après avoir mené 0-2 et pris l’égalisation à la 93e. Ça ressemblait tellement à ce que l’on fait d’habitude que j’ai failli académiser ce match à la place du nôtre, par erreur.
  • Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Twitter, ainsi que sur BlueSky. Olivier L. remporte le concours zoologique.


Bises massilianales,
Blaah

3 thoughts on “OM-Shakhtar Donetsk (3-1) : La Canebière Académie reste en vie

  1. Ounahi, on aurait dit mon tonton quand il s’incrustait aux parties entre cousins les dimanches de mariage. Il avait de beaux restes mais il faisait gaffe à ne pas s’abîmer le pantalon et les jolis souliers.

    Sauf que mon tonton il était plus tanqué que nous.

  2. Le comité de vigilance se délecterait de l’empressement avec lequel cette Académie semble avoir été écrite… comme quoi, une victoire de temps en temps (100% pour Gasset), et Monsieur Lapin est pressé ?

  3. Merci.
    Ces petits sarcasmes fondent sous l’oreille, et en plus, surprise, même la rubrique les autres m’a fait rire.
    Merci.

    Je vous aime, mon chameau virulent.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.