LES CARNETS (DU SOUS-SOL) DE DIDIER – CHAPTEUR 2

Et survint la chute

Oh ça, Didier sait bien qu’il était impatient de suivre la Coupe du Monde deux ans après la victoire à l’Euro et les pectoraux joyeusement imberbes de Trézéguet. Il avait entendu partout que les Bleus étaient tous super forts, genre encore plus fort qu’avant, ce qui était bizarre puisque les Bleus avaient déjà tout gagné. Alors Didier pensait que ce serait une formalité : si on est plus forts, on gagne non ? C’est de la logique aussi pure qu’un et un font deux et qu’un Castaner et un tote bag font un sac à merde. Voyez un peu l’allure de l’équipe pour le premier match (pas l’allure du maillot, Didier n’a jamais été fan du 2002) :

Oula, mais où qu’il est Zizou ? Qu’est-ce qu’il fout Zizou ? Les Bleus sans Zizou, Didier n’avait jamais vraiment vu. Cinq jours avant le début du Mondial, les Bleus s’échauffent face à l’hôte de la CDM : la Corée du Sud. Et patatras : Zizou se blesse. Oui oui, le même Zizou double buteur en finale 98, leader technique des Bleus, celui qui quelques semaines auparavant étalait sa classe légendaire en finale de Ligue des Champions. Alors, bien sûr, d’aucuns vous diront qu’un homme seul ne fait pas une équipe, que le foot est un sport collectif, toussa toussa. Evidemment. Mais pour Didier, comme pour beaucoup d’enfants de l’époque, les Bleus sans Zizou, ça n’existe pas encore et c’est difficile à imaginer. La défaite aussi, c’est dur à imaginer. Et à entendre : Didier était en classe de mer en 2002, pas loin de chez Jionel Lospin. C’est donc dans le bus scolaire qu’il écoutait les matchs avec ses camarades, ou plutôt avec le seul qui avait une mini-radio-lecteur-cassettes-grille-pain-couteau-suisse. Micoud a essayé de remplacer Zizou, mais c’était couci-couça (Didier aimait bien Micoud, et puis le drame). Alors que l’espoir était encore permis au dernier match, et que Zizou était revenu, rien n’y a fait : 2-0 pour le Danemark, alors que c’étaient les Bleus qui devaient en planter deux de plus que les autres. Fanny. Rien à se mettre sous la dent, zéro but. La chute est rude, et surtout longue quand on vient du toit du monde. Et même le palier de l’Europe n’a pas ralenti l’allure vers l’abîme.

Les yeux dans d’autres bleus

Il avait pourtant bien commencé cet Euro. Battre les Anglais, surtout vu la dramaturgie du match, saaaah quel plaisir comme disait déjà Didier à l’époque (Didier était précurseur dans l’utilisation joyeuse de la richesse de la langue française). Parce que faut pas croire : la haine du rosbif, la moquerie du rouquin palot, le mépris des bouilleurs de viande, l’arrogance envers les coincés du cul et les pince-sans-rire, ça s’apprend tout jeune. C’est ça aussi, la France. En bien comme en pis, donc. Bref, quand Zizou en colle deux dans les arrêts de jeu aux Anglais qui mènent 1-0, c’est fort jouissif. Et quand nos Bleus voient arriver en face d’eux des Blancs (mais en réalité, d’autres Bleus) à l’allure d’éphèbes certes gonflés à bloc mais pas moins lapins de 3 semaines, Didier est confiant. Et pouf, Charisteas. Ce mec. La même en quarts et en finale. Incroyable. C’est pas lui qui sort la République Tchèque, heureusement, c’eût été trop pour l’âme de Didier qui avait reporté son cœur bleu sur la patrie de l’homme qu’il aimait aimer : Pavel El Dio Marvellous Extraordinaire Nedved. Didier avait découvert Nedved par hasard un jour, et ce fût l’amour fou. Il connaissait bien les joyeux lurons d’à-côté : Rosicky, Koller, Baros, Cech, Smicer… Les Tchèques se font battre quand même : Pavel sort en première période, les Grecs subissent (de mémoire, Pavel et compagnie tirent 10 fois plus), mais ça va en prolong’. Corner et but, soit la sauce grecque de l’année 2004 (idem en finale, belle sortie du gardien portugais d’ailleurs je crois). En bref : les Bleus ne gagnaient pas dès qu’ils jouaient. Quelle bizarrerie pour un gamin habitué aux sommets.

Didier tombait de Charybde en Scylla : être si tôt tout en haut, quoique sans souvenirs immédiats, impliquait forcément de retomber un jour. Trop jeune peut-être, ou pas encore aussi impliqué qu’il allait l’être dans le plus beau sport du monde, Didier ne pleurait pourtant pas pour les Bleus. Pas encore.

Didier Décampe

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