FONDEMENT (cycle initianal). Episode huitième.

Pour s’y retrouver : 12345 – 6 – 7.

 

—   Esther, bon sang, mais qu’est-ce que tu fous ici ?

Athalie était complètement affolée. Sa sœur était recherchée dans toute la Fédérafion. Esther Bourrée du Toit, ou plutôt Mère Esther, supérieure de l’ordre de Pronos, congrégation religieuse pourchassée par les troupes du Fifaraon en raison de leur pouvoir de diseuse. Esther était la pronostique la plus puissante, douée de la diction de la cote, une vision sur l’avenir qui pouvait mettre en danger les plans fédérafionistes. Passée experte en déguisement, elle parvenait depuis plusieurs années à échapper à la traque, quand plusieurs de ses sœurs avaient été appréhendées et emmurées dieu sait où.

—   J’ai besoin de ton aide, Athalie.

—   Mais tu es folle ! Te balader en plein jour, annoncer à la cantonade que tu es ma sœur ! Tu risques de te faire arrêter et de m’emporter avec toi dans les geôles de ces fous de la Fédérafion !

—   Ne t’inquiète pas, je leur ai fait subir l’handicap, ils ne se souviendront de rien.

—   L’handicap ! Mais tu as perdu la raison, Esther !

—   Athalie. J’ai besoin de ton aide. Il le faut, l’équilibre de notre monde est en péril.

—   Comme s’il ne l’était pas depuis toujours… Qu’y a t-il ?

—   Louis Gustave. Connais-tu ce nom ?

—   Oui c’est un officier renégat que la Fédérafion m’a demandé d’arrêter. Mais ils l’ont récupéré. Mais… comment sais-tu le nom de ce type ?

—   Il faut le retrouver, Athalie. Par n’importe quel moyen. Je perçois dans la cote un changement majeur en devenir, et ce Gustave semble en être le protagoniste principal.

—   Mais qu’imagines-tu, ma sœur ? Qu’en débarquant ici avec tes grands airs de pythie, en me lançant au milieu d’explications fumeuses le nom d’untel, j’allais mettre en branle toutes les maigres ressources que me laisse la Fédérafion en un claquement de doigts ?

Esther resta silencieuse. Elle n’avait rien d’autre à dire, elle savait. Et Athalie savait aussi. Le pouvoir de la diction de la cote n’était pas à remettre en question, il fallait retrouver Gustave et le présenter à Esther pour qu’elle soumette l’homme à la mise, cette visite de l’esprit d’autrui que pouvait réaliser une pronostique. Elle saurait alors le rôle que tiendrait Gustave. Mais comment retrouver le renégat sans se faire prendre ?

—   Je vois que tu as déjà commencé à réfléchir, Athalie. Tu cèdes plus rapidement qu’avant.

—   Tais-toi. Je sais que je ne peux pas aller contre quelque chose que tu considères déjà comme acquise. Cela a toujours été ainsi.

—   Comment comptes-tu procéder ?

Sans répondre, Athalie pressa le bouton d’appel du commutateur. Jérémy Bélize, son auxiliant, jeune homme certes un peu lent mais dont la valeur et l’efficacité n’était plus à prouver pour elle.

—   Commodore ?

—   Jérémy, voici Esther, ma sœur. Vous ne vous en souvenez pas, mais vous l’avez rencontrée il y a un quart d’heure.

—   Ah… Mais…

—   Vous êtes au courant de sa situation, disons, particulière, vis-à-vis de la Fédérafion.

—   Oui, Commodore.

—   Avez-vous l’intention de révéler sa présence à mes côtés ?

—   Non, Commodore. Mon insigne est vôtre.

—   Bien. Vous allez donc vous attelez à une tâche aussi confidentielle qu’importante. Me comprenez-vous, Jérémy ?

—   Haut et clair, Commodore.

—   Parfait. Vous allez localiser le renégat Louis Gustave sans passer par les canaux traditionnels. Une fois que ce sera fait, je veux que vous constituiez une équipe d’intervention hors de toute procédure officielle, composée de gens aussi dévoués que vous. Entendu ?

—   Je m’y mets tout de suite, Commodre.

L’auxiliant referma la porte, laissant les deux sœurs seules.

 

A suivre…

Pierre-Issa Kasimov

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.