FONDEMENT (cycle initianal). Episode neuvième et de Noël.

Pour toi : 12345 – 6 – 78.

Ils étaient 11 au total. Tous vêtus de vert, tête couverte par une cagoule de la même couleur. Ils marchaient calmement, comme s’ils ne venaient pas de libérer un prisonnier d’une des forteresses les plus imprenables de la Fédérafion. Car c’est bien ce qu’avait compris Gustave lorsque l’air libre réapparut autour de lui : il était enfermé à Sion, en plein cœur du Nome central, le territoire directement contrôlé par la Fédérafion.

Son esprit était troublé. Il ne s’était pas rendu compte du chemin qu’on lui avait fait parcourir au gré des transferts. Appréhendé aux alentours de Paris, le voilà plus de six cents kilomètres plus loin !

La troupe marchait à une allure trop rapide pour lui. Ses forces l’avaient abandonné, la faute aux conditions de détention aussi usantes physiquement que psychologiquement. Il n’arrivait plus à suivre.

—   Louis Gustave, il ne faut pas vous arrêter. Un survivant aura donné l’alerte. Vous connaissez les capacités de la Pyramide. Relevez-vous, Louis Gustave, et marchez.

L’homme parlait d’une voix douce mais teintée d’une assurance qui en faisait le chef de la bande. Louis ne savait pas qui étaient ces gens. Pas plus qu’il ne connaissait les raisons qui les avaient poussés à venir jusqu’à lui pour le faire évader. Et puis cette froideur clinique dans le meurtre… Aucune hésitation, aucun semblant de remords.

—   Je continuerai si vous me dites qui vous êtes, soldats.

Il avait rassemblé le peu d’énergie qu’il avait conservé pour donner à sa voix son assurance oubliée d’officier.

—   Louis Gustave, vous n’avez pas besoin de connaître notre nom. Il vous faut juste garder à l’esprit que nous sommes vos amis.

—   Où me conduisez-vous ?

—   Dans un endroit où personne n’aura la force ni l’esprit de vous trouver.

Étrange personnage, étrange façon de s’exprimer, se dit Louis. Les autres gardaient le silence et conservait leur formation de marche. En plus de leur entraînement militaire d’élite évident, ils semblaient liés les uns aux autres d’une manière presque fanatique.

—   Pourquoi cachez-vous encore vos visages ? Nous sommes assez loin de la prison maintenant.

—   Louis Gustave, notre visage a encore moins d’importance que notre nom, c’est pourquoi nous le taisons tout autant. Allons, il nous faut reprendre la marche, debout.

Il tendit une main nue. Louis remarqua que c’étaient les seules parties du corps qu’ils laissaient visibles, en plus de leurs yeux. Il vit le tatouage entre l’index et le pouce : deux plumes vertes entrelacées. Pourquoi ce dessin lui disait-il quelque chose ? Aucun souvenir précis ne lui revenait, si ce n’est l’importance du symbole que l’homme lui présentait pour le relever.

Ils reprirent leur route, Louis se positionnant au milieu de la cohorte verte, protégé de toute part. Tout était silencieux autour d’eux, et les pas feutrés de ses nouveaux compagnons donnait à Louis un sentiment d’invincibilité.

Le chef stoppa la troupe d’un geste de la main, parcourant des yeux l’immensité qui se présentait à eux.

—   Il nous faut changer. Passons à 3 devant. Allez !

Les autres s’animèrent tels des automates, un des quatre qui jouxtait Louis au milieu s’avança de deux pas, se positionnant à la gauche de son chef. Trois ouvraient désormais la marche, quatre marchaient aux côtés de Louis, trois derrière lui et un seul fermant la voie.

—   Davan !

Il allait s’en sortir, c’était maintenant certain. Il allait revoir sa sœur et les autres. Et il tuerait. Tous ceux qui ont osé croire qu’ils pouvaient l’arrêter et le torturer à leur guise, il les égorgerait, comme ces guerriers verts avaient égorgé les gardes de la prison.

Ils ne savent pas ce qu’ils ont fait en s’attaquant à moi, ils ne savent pas ce qu’ils ont mis en mouvement. La terrible procession de leur mort.

 

A suivre…

Pierre-Issa Kasimov

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